Le Plan Nord et le tourisme, un point de vue!

Publié le 22 décembre 2011 par · Laissez un commentaire 

Le Plan Nord et le tourisme, un point de vue!   Décembre 2011

Avec l’annonce récente d’une stratégie touristique reliée au Plan Nord1, je suis heureuse de constater que l’industrie touristique aura de nouveaux moyens pour se déployer dans cette contrée si peu connue. Et que les projets annoncés permettront de créer des entreprises et des emplois pour les Cris, les Jamésiens et les Inuits.  Cette stratégie a l’heur de ratisser large et nous ne pouvons que nous en réjouir.

D’entrée de jeu, si l’on parle de tourisme durable, il faudra évidemment rendre le territoire plus accessible, tel que l’a déclaré la ministre du tourisme Nicole Ménard, en voyant à rendre les tarifs aériens plus abordables.  En effet, lorsque l’offre sera développée,  elle devra arriver à conquérir les clientèles ciblées par un heureux équilibre entre les coûts et temps de déplacement et l’exotisme des expériences proposées, gage réel de viabilité.

Et, si on veut que le nord se développe vraiment, il faudra s’assurer d’y créer des conditions et une qualité de vie suffisamment intéressants pour que ce ne soit pas que pour des travailleurs de type ‘fly in, fly out’ qui y passent le temps que durera une exploitation des ressources mais pour des résidents qui pourront s’y épanouir et profiter du tourisme de façon permanente.

Il faudra une bonne dose de perspicacité pour bien enligner le développement de l’offre, assurer une formation adéquate de la main-d’œuvre, attirer des ressources humaines compétentes, créer des emplois viables, rendre les prestations rentables par un apport suffisant de clientèles, sans oublier de surpasser la concurrence par des éléments distinctifs de nature et de culture, ce que mentionne clairement la Stratégie, qui nomme entre autres la gamme d’expériences possibles pour les clientèles internationales : découvertes nature/culture/terroir, tourisme d’aventure et écotourisme, activités d’observation, croisières nordiques, chasse et pêche.2

Cela dit, il ne faut pas se faire d’illusions, le marché des visiteurs est relativement restreint pour ce genre de destination, même si les paysages et l’exotisme culturel y sont magistraux.  On peut en prendre exemple sur la difficile rentabilité des entreprises de tourisme d’aventure au sud, malgré qu’elles exercent leurs activités dans un décor naturel impeccable.

Les nouveaux parcs Albanel-Témiscamie-Otish et Assinica seront certainement très attirants pour les amateurs de plein-air. Par ailleurs, plusieurs villages cris sont à développer ou à consolider leur offre d’hébergement.  Le nouvel Institut culturel cri Aanischaaukamikw, inauguré il y a quelques semaines, attirera également de nombreux visiteurs au village d’Ouje-Bougoumou, l’un des plus accessibles à partir de Chibougamau.

Quant au ‘haut’ nord, les récents parcs Kuururjuaq et Pingualuit attirent déjà des amateurs de grande aventure en autonomie, avec de splendides paysages et la possibilité de faire des rencontres culturelles inuites au mode de vie encore si exotique. Encore ici, les coûts des tarifs aériens sont depuis longtemps considérés comme des freins majeurs à la commercialisation des activités touristiques. En conséquence, le nombre de visiteurs est extrêmement faible.

Est-ce qu’on pourra concurrencer la Scandinavie du nord et l’Islande? Possiblement. Il apparaît sage d’avoir élaboré un plan d’action qui couvre la période de 2011 à 2016, et d’avoir annoncé que les sommes à investir seront réparties jusqu’en 2021!

Les défis sont grands et ne peuvent être pris à la légère. De nombreux efforts de développement et de positionnement sont consentis depuis longtemps et les résultats tardent encore à venir, les disparités de fonctionnement en matière de différences culturelles demeurant importantes.

La Stratégie stipule également ceci : ‘ L’autonomie et de la prise en charge par le milieu, de même que la maximisation des retombées locales et régionales, constituent les mots clés guidant l’ensemble des interventions gouvernementales reliées à la Stratégie.’3

À ce titre, un nouvel organisme spécialisé en tourisme d’aventure, Escapade Boréale, organise des événements de tourisme extrême et offre des programmes de différents types, toujours en partenariat avec des prestataires cris et jamésiens.

À l’heure actuelle, les Jamésiens et les Cris travaillent plusieurs dossiers en partenariat et partagent de plus en plus de projets en développement, ce qui augure bien pour le futur du tourisme culturel d’Eeyou Istchee.

Enfin, la Stratégie touristique du Plan Nord s’accorde bien avec la politique ministérielle du Québec Vers un tourisme durable, entre autres :

  • Développement et perfectionnement des ressources humaines, et j’ajouterais, sujettes à disponibilité et pérennité, dans le cadre d’emplois payants;
  • Déloppement du territoire de façon durable et intégrée, et j’ajouterais, avec une vision commune autochtone et allochtone;
  • Identification de niches et de segments de clientèles correspondant aux divers attraits du territoire, ce qui implique un travail d’intelligence de marché de première importance si on veut en faire la promotion de façon cohérente, et j’ajouterais : y a-t-il un marché porteur suffisamment important pour faire vivre les fournisseurs sur le terrain ? Et consentira-t-on les efforts considérables nécessaires pour rejoindre les marchés ciblés ?
  • Développement de l’offre à partir d’expériences attrayantes, de qualité, authentiques, durables et novatrices, et j’ajouterais, tout en consacrant suffisamment de budget de promotion continue pour atteindre des résultats probants en matière de rentabilité pour les fournisseurs de produits et services.

Les expériences de voyage dans le Nord du Québec sont fascinantes et exotiques.  Les communautés qui y vivent sont héritières d’histoires fabuleuses qu’elles continuent de perpétuer.  À ce compte, cette annonce de tourisme nordique est une excellente nouvelle!

À tout le moins, avec toute cette couverture médiatique du Plan Nord, aurons-nous davantage de respect pour ce Nord que nous connaissons si peu!

N.B. Pour les intéressés, consulter également l’étude que nous avons effectuée pour le compte du ministère du Tourisme, qui s’intitule  La concurrene des destinations nordiques internationales: survol et inventaire. http://www.tourisme.gouv.qc.ca/publications/media/document/etudes-statistiques/Tourisme-nordique.pdf

1 Stratégie touristique québécoise au nord du 49e parallèle – Cultures et espaces à découvrir – http://www.tourisme.gouv.qc.ca/programmes-services/services/nord-du-49e/index.html
2 Idem, p.10
3 Idem, p.10

À propos de Marie-Andrée Delisle

Marie-Andrée Delisle célèbre près de 25 ans d'étroite collaboration avec les professionnels de l'industrie touristique en tant qu'expert-conseil en développement touristique. Suite à l'obtention de sa maîtrise de l'École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal en gestion et planification du tourisme, elle poursuit des recherches et de nombreux travaux en matière de tourisme culturel et expérientiel, ainsi qu'en tourisme communautaire et autochtone au Québec et hors Québec. Elle a rédigé un livre sur le tourisme alternatif, en co-rédaction avec Louis Jolin, professeur à l'UQAM: Un autre tourisme est-il possible ?, publié aux Presses de l'Université du Québec en 2007.

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