Les régions seraient-elles réfractaires au changement?

Publié le 1 octobre 2013 par · Laissez un commentaire 

La conférence de clôture de Christian Bégin, à laquelle j'assistais en tant qu'animatrice de la 7e édition du Rendez-vous des Festivals, Événements et Attractions touristiques,  traitait d'un propos très rarement énoncé. Son discours portait sur la difficulté de changer les mentalités dans les régions. D'entrée de jeu, il soulignait que le sentiment d'appartenance à la communauté est la clé de voûte du développement d'une communauté ou d'une région, sentiment qu'il faut nourrir.

Or, vu de l'extérieur, on pense toujours qu'il est plus facile pour les communautés de vivre en diapason leur fierté au territoire et leur hospitalité proverbiale alors qu'elles sont beaucoup plus divisées qu'on ne le croit.  Et Christian Bégin parle ici en tant qu'ambassadeur d'une région qu'il affectionne particulièrement, soulignant au passage qu'en réalité les communautés ne sont pas nécessairement solidaires. Son rôle d'ambassadeur l'a amené à faire face à diverses susceptibilités et rivalités locales de longue date. Conséquemment, il a dû 'faire de la politique' pour arriver à négocier des approches différentes de ce qui se faisait depuis toujours. D'où selon lui une grande résistance au changement. Il faut parfois ajouter que dans certains cas, ce sont les néo-résidents qui résistent au développement touristique de peur de bousculer leur quiétude.

Créer un achalandage local est plus difficile que de développer un achalandage touristique, disait-il. Le défi en est plus grand lorsque l'idée idyllique d'être partie prenante d'une région mobilisée et solidaire fait face au désir local que tout demeure immuable.

Cela crée un paradoxe du fait que c'est le tourisme qui profite aux régions alors que ceux qui y retournent pour y vivre ont besoin d'espace pour exister, pour s'engager dans des projets, pour créer de nouvelles approches.

M. Bégin terminait son propos en disant qu'il fallait arrêter de cultiver ce portrait légendaire d'hospitalité et plutôt déprogrammer les façons de penser et de faire, afin de créer du mouvement; ceci permettrait ainsi à toute la région d'en bénéficier.  Et d'ajouter qu'il faut plutôt trouver des moyens de recréer des liens au coeur des communautés et de retourner à l'essentiel afin de valoriser le terroir. Car il y a chez le touriste comme chez le citoyen, une effervescence dans le souhait inhérent d'avoir un rapport au vrai, basé sur un désir de rencontre.

Selon moi, la vraie rencontre se situe d'abord dans celle de la population locale avec son histoire passée, présente et future, et sa façon de la faire briller auprès de ses membres comme de ses visiteurs.

Il doit y avoir du vrai dans ce que disait Christian Bégin puisqu'un bon nombre de participants l'ont félicité d'avoir eu le courage d'en parler et d'avouer qu'effectivement, c'était un portrait assez précis de leur propre réalité!

Ce Rendez-vous intitulé Collectivité, Authenticité, Vitalité, présentait entre autres une conférence Résidents ambassadeurs ou comment susciter l’engagement de sa communauté, ainsi qu'un Modèle d'évaluation des pratiques sociales des festivals et événements (MEPS) fort intéressant. Un MEPS pour les attractions touristiques est en cours de réalisation.

 

 

 

 

À propos de Marie-Andrée Delisle

Marie-Andrée Delisle célèbre près de 25 ans d'étroite collaboration avec les professionnels de l'industrie touristique en tant qu'expert-conseil en développement touristique. Suite à l'obtention de sa maîtrise de l'École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal en gestion et planification du tourisme, elle poursuit des recherches et de nombreux travaux en matière de tourisme culturel et expérientiel, ainsi qu'en tourisme communautaire et autochtone au Québec et hors Québec. Elle a rédigé un livre sur le tourisme alternatif, en co-rédaction avec Louis Jolin, professeur à l'UQAM: Un autre tourisme est-il possible ?, publié aux Presses de l'Université du Québec en 2007.

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